En bref

  • Entrepreneur principal toujours responsable décennale envers le maître d'ouvrage (art. 1792 du Code civil), même quand les travaux ont été sous-traités.
  • Sous-traitant non couvert par la présomption décennale envers le MOA (Cass. 3e civ. constante), mais responsable contractuellement envers l'entrepreneur principal sur sa RC pro et sa propre décennale.
  • Agrément du sous-traitant par le MOA obligatoire (loi du 31 décembre 1975, art. 3) : présentation, conditions de paiement, paiement direct au-delà de 600 €.
  • Déclaration des sous-traitants à votre assureur décennale indispensable : un oubli vaut fausse déclaration et peut entraîner la nullité ou la réduction proportionnelle de garantie (art. L113-9).
  • Action récursoire de l'entrepreneur principal (ou de son assureur, par subrogation) contre le sous-traitant fautif, dans un délai de 5 ans à compter de la condamnation (art. L243-9 et art. 2224).

Qui est responsable décennale en sous-traitance ?

C'est le point le plus mal compris du régime français. Trois principes structurent la répartition de la responsabilité entre l'entrepreneur principal et son sous-traitant.

Principe 1 — L'entrepreneur principal reste seul présumé responsable envers le MOA

L'article 1792 vise les constructeurs liés au maître d'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage. Le sous-traitant n'est lié contractuellement qu'à l'entrepreneur principal. La jurisprudence de la 3e chambre civile de la Cour de cassation est constante depuis l'arrêt fondateur de 1991 : le sous-traitant n'est pas un constructeur au sens de l'article 1792 envers le MOA, et n'est donc pas soumis à la présomption décennale.

Conséquence pratique : en cas de sinistre, le maître d'ouvrage actionne sa Dommage-Ouvrage et/ou la décennale de l'entrepreneur principal, jamais celle du sous-traitant directement (sauf action quasi-délictuelle, très technique). C'est l'entrepreneur principal qui assume.

Principe 2 — Le sous-traitant répond contractuellement envers l'entrepreneur principal

Le sous-traitant engage sa responsabilité contractuelle de droit commun (art. 1231-1 du Code civil) envers l'entrepreneur principal pour les dommages causés par ses travaux. Cette responsabilité est de 30 ans dans son principe mais en pratique limitée par les délais d'action et de prescription, et par les attestations de RC pro / décennale qu'il a fournies.

Principe 3 — Le sous-traitant doit avoir sa propre décennale

Bien qu'il ne soit pas présumé responsable au sens de l'article 1792, le sous-traitant souscrit lui-même une décennale, pour deux raisons : (1) sans elle, aucun entrepreneur principal sérieux ne signera un contrat de sous-traitance avec lui ; (2) elle permet à l'assureur de l'entrepreneur principal de se retourner contre l'assureur du sous-traitant (subrogation) pour récupérer l'indemnité versée. Si le sous-traitant n'a pas de décennale, c'est l'entrepreneur principal — ou son assureur — qui assume seul.

Tableau — Qui couvre quoi en sous-traitance

Acteur Garantie envers le MOA Garantie envers l'entrepreneur principal
Entrepreneur principal Décennale (art. 1792) + parfait achèvement + bon fonctionnement
Sous-traitant Aucune présomption (Cass. 3e civ.). Action quasi-délictuelle possible (art. 1240). RC pro + décennale propre + responsabilité contractuelle (art. 1231-1)
Assureur DO du MOA Préfinancement intégral du sinistre, puis subrogation contre les responsables
Assureur décennale principal Indemnise pour le compte de l'entrepreneur principal, puis action récursoire
Assureur décennale sous-traitant Pas d'action directe du MOA Indemnise après action récursoire de l'assureur principal

Déclarer ses sous-traitants à l'assureur décennale

C'est le point le plus souvent négligé — et le plus coûteux en cas de sinistre. Quasi tous les contrats décennale BTP imposent à l'assuré une déclaration des activités sous-traitées, soit annuellement (lors du renouvellement), soit chantier par chantier au-delà d'un certain seuil de pourcentage de sous-traitance (souvent 30 % du marché).

Pourquoi ? Parce que la sous-traitance modifie le risque. L'assureur veut savoir : quelles activités vous sous-traitez (le sous-traitant est-il qualifié ?), à qui (a-t-il sa propre décennale ?), pour quel volume (vous restez responsable). Une omission est sanctionnée par l'article L113-9 du Code des assurances : si l'omission n'est pas intentionnelle, l'assureur peut réduire l'indemnité proportionnellement à la prime non perçue ; si elle est intentionnelle (art. L113-8), il peut prononcer la nullité du contrat.

Encart — Modèle de clauses sous-traitance

Article X — Obligations du sous-traitant en matière d'assurance

Le sous-traitant s'engage à fournir, avant le démarrage des travaux et au plus tard à la signature du présent contrat :

  1. une attestation de responsabilité civile professionnelle en cours de validité, couvrant les activités sous-traitées ;
  2. une attestation de garantie décennale en cours de validité, mentionnant explicitement les activités sous-traitées et précisant la date de prise d'effet et l'année d'ouverture des chantiers couverts ;
  3. un extrait Kbis ou avis SIREN de moins de 3 mois ;
  4. l'attestation URSSAF de vigilance et l'attestation fiscale de régularité.

Le sous-traitant s'engage à informer sans délai l'entrepreneur principal de toute modification, suspension ou résiliation de ses contrats d'assurance pendant la durée du chantier et pendant la période décennale postérieure à la réception. À défaut, il pourra être tenu de réparer intégralement le préjudice subi par l'entrepreneur principal, notamment les sommes que ce dernier aurait dû exposer en l'absence de couverture d'assurance valable.

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Agrément du sous-traitant par le MOA et garantie de paiement

Imposée par l'article 3 de la loi du 31 décembre 1975, la procédure d'agrément se déroule en deux temps : (1) présentation du sous-traitant au MOA (identité, qualifications, attestations d'assurance, références), (2) agrément des conditions de paiement (montants, échéances, modalités).

À défaut de présentation et d'agrément, l'entrepreneur principal s'expose à plusieurs sanctions : impossibilité d'opposer le sous-traité au MOA, perte du droit de se faire payer la part sous-traitée, voire résiliation du marché aux torts de l'entrepreneur. Sur les marchés publics, l'agrément est un acte spécial signé par la personne publique.

Garantie de paiement (art. 14 et 14-1)

L'entrepreneur principal doit fournir au sous-traitant une caution bancaire ou une délégation de paiement (le MOA paye directement le sous-traitant à hauteur des sommes qu'il devait à l'entrepreneur principal). Sans cette garantie, le sous-traité est nul de plein droit (art. 14, al. 3). Cette nullité ne décharge pas l'entrepreneur principal de sa responsabilité décennale envers le MOA — elle prive simplement le sous-traitant de la protection légale.

Action directe du sous-traitant (art. 12 et 13)

Si l'entrepreneur principal ne paye pas son sous-traitant, ce dernier peut, après mise en demeure restée sans effet pendant 30 jours, exercer une action directe contre le maître d'ouvrage, dans la limite des sommes que ce dernier doit encore à l'entrepreneur principal au moment de la réception de la mise en demeure. C'est un mécanisme de protection fondamental, à connaître absolument côté sous-traitant.

Action récursoire et contentieux entre assureurs

Une fois l'entrepreneur principal condamné — ou son assureur ayant indemnisé la DO par subrogation — vient le temps de la récupération. C'est l'action récursoire, encadrée par l'article L243-9 du Code des assurances et par le droit commun de la responsabilité contractuelle.

Fondement de l'action récursoire

L'assureur décennale principal qui a indemnisé est subrogé dans les droits de son assuré (art. L121-12). Il agit donc contre le sous-traitant fautif sur le terrain contractuel (responsabilité de droit commun, art. 1231-1), en s'appuyant sur le contrat de sous-traitance et sur les manquements démontrés (malfaçon, défaut de mise en œuvre, non-respect du DTU applicable).

Délais de l'action récursoire

  • 5 ans à compter de la condamnation principale ou du paiement (art. 2224 du Code civil, prescription quinquennale de droit commun).
  • 2 ans de la condamnation pour l'action de l'assureur contre l'assureur du sous-traitant si elle dérive du contrat (art. L114-1) — point débattu en jurisprudence, sécuriser en agissant le plus tôt possible.
  • Toute lettre recommandée vaut interruption de prescription.

Ventilation des responsabilités

Le juge (ou l'expert judiciaire) ventile les responsabilités entre les intervenants. Trois cas typiques rencontrés sur le terrain :

  • Sous-traitant 100 % fautif (ex. couvreur sous-traité ayant mal posé l'écran sous-toiture) : l'assureur principal récupère intégralement auprès du sous-traitant ou de son assureur.
  • Responsabilité partagée (ex. sous-traitant maçon 70 %, BET études 20 %, entrepreneur principal 10 % pour défaut de surveillance) : récupération au prorata.
  • Sous-traitant insolvable ou disparu sans décennale : l'entrepreneur principal — et son assureur — assument intégralement, sans recours utile. C'est précisément la situation que la déclaration préalable et l'exigence d'attestation visent à éviter.

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Questions fréquentes

Le sous-traitant doit-il avoir sa propre décennale ?
Strictement, le sous-traitant n'est pas soumis à la présomption décennale de l'article 1792, car il n'est pas lié contractuellement au maître d'ouvrage (jurisprudence constante de la Cass. 3e civ.). En revanche, il engage sa responsabilité contractuelle envers l'entrepreneur principal, qui exigera quasi systématiquement une attestation de RC pro et de décennale. En pratique, sans décennale propre, le sous-traitant ne signera aucun contrat et son entrepreneur principal ne pourra pas se retourner contre lui en cas de sinistre.
Que se passe-t-il si j'oublie de déclarer un sous-traitant à mon assureur ?
Votre assureur décennale peut refuser sa garantie ou réduire l'indemnité proportionnellement (art. L113-9 Code des assurances) au titre de la fausse déclaration ou de l'omission. Concrètement, si un sinistre est imputable à des travaux sous-traités non déclarés, vous risquez d'assumer seul la réparation. La plupart des contrats imposent une déclaration annuelle ou par chantier dès qu'une activité est sous-traitée.
L'agrément MOA du sous-traitant est-il obligatoire ?
Oui, dès lors qu'il y a sous-traitance (art. 3 de la loi du 31 décembre 1975). L'entrepreneur principal doit présenter chaque sous-traitant à l'agrément du maître d'ouvrage et faire accepter ses conditions de paiement. Sans agrément, le sous-traitant ne peut pas se prévaloir du paiement direct ni de la caution, et l'entrepreneur principal s'expose à des sanctions (résiliation du marché, retenue de garantie).
L'entrepreneur principal peut-il se retourner contre son sous-traitant ?
Oui, par action récursoire. Une fois condamné en décennale envers le maître d'ouvrage, l'entrepreneur principal (ou son assureur, par subrogation art. L121-12) peut agir contre le sous-traitant fautif sur le fondement de la responsabilité contractuelle (art. 1231-1 du Code civil). Le délai est de 5 ans à compter de la condamnation principale (prescription de droit commun, art. 2224).
Le maître d'ouvrage peut-il agir directement contre le sous-traitant ?
Pas sur le fondement décennal — la jurisprudence de la Cass. 3e civ. est constante : le sous-traitant n'est pas un constructeur au sens de l'article 1792 vis-à-vis du MOA. En revanche, le maître d'ouvrage peut agir contre lui sur un fondement quasi-délictuel (art. 1240) s'il prouve une faute, un préjudice et un lien de causalité. Plus complexe à mener, mais utile si l'entrepreneur principal a disparu ou est insolvable.
Sous-traitance en cascade : qui répond de quoi ?
La sous-traitance de second rang (le sous-traitant fait lui-même appel à un sous-traitant) est autorisée mais doit être agréée par le MOA au même titre que le premier rang. Chaque maillon de la chaîne reste responsable contractuellement vis-à-vis du maillon supérieur. Pour le MOA, seul l'entrepreneur principal reste présumé responsable au titre de l'article 1792 — la cascade ne change pas ce principe.
Mon contrat de sous-traitance doit-il mentionner la décennale ?
Oui, c'est indispensable. Le contrat doit imposer au sous-traitant de fournir son attestation décennale avant le démarrage des travaux, de la maintenir pendant toute la durée du chantier, et de transmettre l'attestation de l'année suivante si le chantier dépasse l'exercice. Ajoutez une clause d'indemnisation par le sous-traitant en cas de sinistre relevant de sa responsabilité, et une obligation d'information immédiate de tout sinistre ou résiliation de sa décennale.

La sous-traitance est un levier d'organisation puissant, mais elle multiplie les interlocuteurs, les contrats et les zones de risque. Sécurisez chaque chantier en déclarant systématiquement vos sous-traitants à votre assureur, en exigeant leurs attestations à jour, et en vérifiant que votre propre décennale couvre l'intégralité des activités que vous facturez. Comparez en 2 minutes une décennale adaptée à votre organisation 2026.